LA   CHAPELLE   DES   DUCS   DE   SAVOIE 


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Brou, la Sybille Agrippa 

La Sibylle Agrippa, un détail des sculptures de l’Eglise de Brou, érigée à l’initiative de la Duchesse Marguerite

 

 

Moins réputée dans le monde artistique que la Cour de Bourgogne, la Cour de Savoie, jadis itinérante entre Chambéry, Ripaille, Turin ou Morges, n'en a pas moins connu des heures plus que fastes: le XVe siècle notamment vit se succéder sur le trône ducal des princes mélomanes particulièrement avisés, qui surent attirer au coeur des Alpes les plus prestigieux compositeurs de leur temps. Guillaume Dufay est le plus fameux de ces artistes, lui qui séjourna pendant une dizaine d'années à Chambéry, Genève ou Lausanne. A la toute fin du siècle, Antoine Brumel fut également un des phares de la chapelle savoisienne, au moment même où la Duchesse Marguerite fait élever à la mémoire de son regretté mari le Duc Philibert le Beau les tombeaux de l'église de Brou (près de Bourg-en-Bresse), ultime feu d'artifice de l'art gothique.

 

L'atelier des enlumineurs Jean Bapteur et Perronet Lamy, à Thonon, produisit pour les Ducs Amédée VIII et son fils Louis les manuscrits les plus précieux; parmi les chefs-d'oeuvre de cette école de miniaturistes figure le célèbre Chansonnier Cordiforme. L'épouse du même Duc Louis, Anne de Lusignan, princesse chypriote, amena dans ses bagages de fiancée un manuscrit unique (aujourd'hui conservé à Turin) consacré à l'insolite répertoire franco-chypriote. Et nul n'ignore que la ville d'Aoste possède un des plus importants recueils de musique polyphonique du début du XVe siècle, où les auteurs anglais notamment sont particulièrement bien représentés.

 

La Chapelle des Ducs de Savoie

Le Chansonnier Cordiforme, copié avant 1477 pour les Ducs de Savoie
(Paris, Bibliothèque Nationale, manuscrit Rotschild 2973)

 

C'est très certainement à l'occasion des noces d'Anne et de Louis, en 1434, que Gilles Binchois, venu à Chambéry avec toute la suite de son maître le Duc de Bourgogne, fit la connaissance de Dufay. Loin donc de se cantonner à un rôle périphérique et anecdotique, la cour des princes de Savoie, pendant près d'un siècle, a joué le rôle d'un centre majeur pour l'histoire de la musique occidentale.

L'objectif de «La Chapelle des Ducs de Savoie» est de remettre en valeur les répertoires si riches et encore méconnus liés à l'histoire de la Cour de Savoie. Le premier concert de cet ensemble a été donné en avril 2004. En mars 2008, il a publié son premier disque, «Les musiques de la Cour de Savoie», coproduit par la Revue Musicale de Suisse Romande et la Fondation du Château de Chillon. Ce disque accompagne un numéro spécial de la Revue Musicale de Suisse Romande richement illustré portant sur le même sujet, et célébrant le 60ème anniversaire de ce périodique.

Un deuxième enregistrement, publié dans la Revue Musicale de Suisse Romande de juin 2013, s'intéresse aux musiciens des papes avignonais, autour de 1400. Un troisième, sur la «Contenance angloise», illustre l'influence des musiciens britanniques sur les permiers franco-flamands (2023).

Les «Ducs» se sont produits en concert à la Basilique de Valère et à la Cathédrale de Sion (Valais), à Genève (auditoire Calvin), à Saint-Victor de Marseille (Festival «De vives voix»), en Haute-Savoie (prieuré de Contamine sur Arve), à la Basilique de Saint-Maurice à l'occasion de ses 1500 ans, et au Zermatt Festival. Ils ont été plusieurs fois les invités de la Radio Suisse Romande Espace 2 (émissions «Musiques en mémoire», 2006, «Dare-Dare», 2008, «Chant Libre», 2008, etc.).

 

Binchois et Dufay

 

Guillaume Dufay et Gilles Binchois, les deux plus célèbres musiciens de leur temps, se sont probablement connus à la Cour de Savoie. Miniature extraite du manuscrit du «Champion des Dames», roman allégorique de Martin le Franc, poète du XVe siècle qui fut aussi le secrétaire du Duc Amédée VIII de Savoie.

 


Page mise à jour le 2 juillet 2026